Cette mission, je la vis en lien avec le curé nouvellement nommé, qui a aussi d'autres missions diocésaines, et les prêtres rendant des services ; aucun parmi eux n'est en permanence sur la paroisse.

   Je ne suis pas là pour prendre la place des prêtres, mais pour leur permettre de répondre au mieux à leur vocation, en remplissant ma mission en tant que religieux et en veillant à ce que témoignage, solidarité, transmission de la foi à tous et célébration soient portées par des équipes et des personnes préoccupées de donner de l'Église un visage accueillant, ouvert. Oui, une autre présence, différente, mais toujours pour permettre aux laïcs de prendre leur place dans l'Église.

Être le miroir

   Chaque catholique doit être visage de l' Église. Que chaque fidèle devienne une authentique "personne-relais", une sorte de miroir qui renvoie ce que l'on a reçu. Si Jésus était aujourd'hui sur nos routes, II commencerait par écouter, accueillir notre soif de liberté, de réalisation de soi-même, de bien-être. Il la recevrait avec amour et II prendrait appui sur cette soif pour nous indiquer des chemins pour un bonheur plus grand encore.
   À moi et à chacun d' essayer et d'assurer cette présence.

Arsène Sébire

Une autre présence

   De là, tout en étant au travail. II m'avait été confié l'animation de sept villages où le prêtre "modérateur" et moi-même n' étions sur place en permanence. Cette mission d' animateur en pastorale, je l'ai retrouvée en Seine-Maritime où je fus onze ans dans une paroisse nouvelle de vingt mille habitants ; tout en ayant la responsabilité d'une maison d'accueil diocésaine.
   Suite au décès d'un frère de la communauté et à la vente de la maison par le diocèse du Havre, je me retrouve aujourd'hui dans le diocèse de Bayeux, non plus en communauté permanente ; mais retrouver les deux autres frères déjà dans ce diocèse est une nouvelle façon de vivre notre vie fraternelle.
  Je suis donc dans un presbytère au sud de Caen, à Evrecy, paroisse de douze mille habitants regroupant quinze communes.

Coordinateur pastoral

   Ma mission, c'est d'abord constituer, animer et soutenir l'équipe pastorale, le conseil paroissial et mettre en place un conseil économique, préparer des équipes pour la prise en charge des funérailles, faire tout pour que l'Église vive dans ce coin de Normandie. J'y rencontre beaucoup de bénévolat dans les associations et aussi des personnes prêtes à s'engager même modestement sur la paroisse.

 

L E CANTONNIER DE LA MISSION



 

     Entre deux, j'ai passé onze ans dans la Somme comme employé communal. J'aimais mieux le terme de cantonnier, surtout après la réflexion d'un catéchumène : "Jean Baptiste, c'était te cantonnier de Dieu". Oui, préparer le chemin, c'était là aussi une mission souhaitée par l'évêque d'Amiens ; être dans le monde rural, présence d'Église et le vivant en communauté avec deux autres frères qui avaient une activité différente. Là, je ne préparais pas les baptêmes derrière un bureau, mais la maman s'arrêtait avec son landau et moi j'arrêtais ma tondeuse.
     Dans ces rencontres sur le terrain, il n'était pas d'abord question de parler de Jésus Christ ; ce qui parfois aurait été le moyen de casser tout dialogue. Je ne pense pas, grâce à l'enseignement des trente ans de silence de Jésus, avoir eu tort.
    S'apprivoiser, se connaître, pouvoir tout dire, est la condition essentielle pour déblayer un terrain où justement, Dieu est (souvent) absent.

A
près cinq ans passés dans le département du Calvados où je fus à la demande de l'évêque d'alors, ouvrier de haras pour une présence dans ce monde du cheval, des courses, monde important et spécifique dans ce diocèse, j'y reviens au bout de vingt-deux ans.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

"L'homme contemporain écoute plus volontiers les témoins que les maîtres... ou s'il écoute les maîtres, il le fait parce que ce sont des témoins"

 Paul VI - 20 octobre 1974

T E M O I G N A G E S

  Quelque temps avant de quitter sa fonction, il est pris d'un malaise en prêchant à Ham.
  Après beaucoup de tâtonnement dans la recherche d'une thérapie adaptée à son problème de santé, Jacques Noyer est à présent sorti d'affaire et c'est un homme rayonnant qui m'a parlé de sa vie actuelle.
  Il a repris le vélo, le vent de la Côte d'Opale ne lui fait pas peur : "Quand on a le vent de face en partant, on l'aura de dos en revenant."
  Il fait quelques conférences, il prêche quelques retraites en France et à l'étranger.
"J'ai beaucoup de retard dans mes lectures philosophiques et je compte me mettre à jour. J'aimerais écrire un livre en réponse à Luc Ferry : il est si proche de la foi chrétienne. J'ai une approche souvent plus philosophique que théologique de la foi chrétienne. Je privilégie les questions des hommes plutôt que les affirmations théologiques. Plutôt que d'expliquer l'Eucharistie à partir d'une volonté de Dieu, je cherche à comprendre comment l'Eucharistie répond à un besoin de l'homme. Nos vieilles églises ne sont pas adaptées pour vivre l'Eucharistie. Je rêve de lieux où les fidèles déposeraient leurs manteaux en entrant et où l'on pourrait se réunir pour échanger des idées, autour d'un café et d'une brioche, avant de rentrer chez soi."

Monseigneur, que de plaisir à vous écouter !
Marc Morvillers
eaux vives -n° 199 - novembre 2006

" Une approche plus philosophique
que théologique de la foi chrétienne "
Ordonné prêtre en 1950, il part deux ans à Rome pour achever ses études. Ensuite, il exerce sa profession de professeur de philosophie à Boulogne.
  Puis il revient en tant que curé au Touquet, sa ville natale, de 1976 à 1987. Il est alors nommé évêque d'Amiens. Il y restera jusqu'en 2003. C'est durant cette période que les lecteurs d'Eaux Vives ont pu apprécier son engagement et son charisme. Sa grande silhouette est restée célèbre dans le cœur des Picards.


"Maman,
pourquoi t'as pas choisi un papa debout ?"

Jean-Christophe et Katia Parisot

Témoignage.